Par Cassandra Fortin, Directrice-Archiviste
Au détour de recherches menées dans nos collections, nous sommes tombés sur une pièce d’archives pour laquelle nous avons eu un coup de cœur. Cette lettre ne dit, au fonds, que peu de choses. Cependant, elle ouvre la porte sur une histoire beaucoup plus grande qu’elle : l’été incendiaire de 1915.
Que s’est-il passé?
Nous sommes le 18 juin 1915 et le curé Joseph-Eugène Lemieux écrit à Mgr Paul LaRocque concernant une catastrophe arrivée à l’église de Stoke la veille. La foudre a frappé le pignon arrière de l’église, descendue à l’intérieur et un feu a éclaté au coin du chœur et de la sacristie. Le curé ajoute même que le tonnerre était si fort qu’il a fait éclater les fenêtres. Heureusement, les dégâts dans le bâtiment sont mineurs. Dans la réponse à sa lettre, Mgr LaRocque mentionne qu’il était inquiet de l’état de l’église, dont l’événement était rapporté dans les journaux.


La mise en contexte des archives : un travail essentiel
À première vue, ce document d’archives semble plutôt anodin, mais bien écrit. Nous pouvons pratiquement voir de nos yeux le chemin que le feu a parcouru à l’intérieur de l’église à partir du récit du curé Lemieux. Aussi, afin d’en apprendre davantage sur cet événement relaté, nous avons entrepris des recherches sur le contexte historique dans lequel s’inscrit le document. Nous n’avons pas été déçus.
L’été 1915 : un été tout feu tout flamme
L’été 1915 n’a pas été de tout repos dans les Cantons de l’Est. Dans un article paru dans le journal de La Patrie du 8 juin 1915, on peut y lire que les feux de forêt font des ravages dans les Cantons de l’Est cet été-là. En effet, il semble qu’il y a eu une sécheresse importante de deux semaines doublées d’une chaleur intense qui a donné lieu à la propagation de nombreux feux de forêt dans la région. Le 9 juin, dans le journal Le soleil, on mentionne une ligne de feu dans les montagnes le long de la frontière du district de Mégantic avec l’état du Maine. De nombreuses bâtisses de Scotstown sont tombées sous le feu qui sévit également à Lingwick, McLeod, Emberton, Chesham et La Patrie. Plusieurs industries des pâtes et papiers et des scieries sont alors endommagées ou simplement détruites par les flammes comme la Compagnie Scotstown Sawmill et M. G. Pinkham. Les feux de forêt cesseront alors que la pluie commence à tomber quelques jours plus tard.
Conclusion : Soyons curieux!
À la première lecture de cette lettre, il n’était pas possible que nous puissions savoir que la météo de l’époque était un sujet de préoccupation. Avec les feux de forêt actifs dans la région, tous devaient craindre pour leur propriété. Nous n’aurions pas connu cet événement si nous n’avons pas été curieux d’en apprendre davantage sur le contexte de création du document. Alors, ne nous arrêtons pas à une première lecture d’un document : soyons curieux!
Références
Journal La patrie, 8 juin 1915, Collections de BAnQ.
Journal La Tribune, 8 juin 1915, Collections de BAnQ.
Journal Le Canada, 9 juin 1915, Collections de BAnQ.
Journal Le Soleil, 9 juin 1915, Collections de BAnQ.
Journal Le Progrès de l’Est, 11 juin 1915, Collections de BAnQ.