Le peintre Frédéric: l’homme aux multiples facettes

Certains se souviendront que la région de l’Estrie a connu un artiste peintre hors pair : Louis-Gilles Doyon, alias le peintre Frédéric. Né à Scotstown en novembre 1938, il a commencé ses études au Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke pour les terminer en Nouvelle-Écosse, où il a obtenu son baccalauréat en art en 1959. Après un séjour à Montréal, où il a expérimenté divers domaines artistiques, il est revenu en Estrie en 1963. C’est là que sa carrière artistique a véritablement commencé, jusqu’à son décès en octobre 1993.

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Le passage au Séminaire de Frédéric

Dessin de Mozart réalisé par Frédéric, 17 janvier 1955, P222

Lors de son séjour au Séminaire, de 1953 à 1955, Frédéric s’est énormément impliqué dans la réalisation des décors de pièces de théâtre, dont ceux de la pièce Jules César, en 1955. Malgré les consignes claires sur la fabrication des décors, Frédéric réussissait toujours à apporter sa touche personnelle, à passer une remarque ou faire une blague auprès d’autrui.

À certains moments, Frédéric était quelque peu indiscipliné, ce qui a probablement provoqué son renvoi de l’établissement, selon l’abbé Poiré. En 1955, le pianiste Glenn Gould, que Frédéric adorait, devait donner une prestation à l’auditorium du Séminaire en soirée. Étant pensionnaire, Frédéric ne pouvait pas assister à ce spectacle, puisqu’il avait un  couvre-feu ;a respecter. Défiant l’interdiction, Frédéric s’est faufilé hors de son dortoir jusqu’à la salle du concert. Malheureusement pour lui, un père l’a pris en flagrant délit. Cet événement, et probablement avec un dossier déjà bien rempli, toujours selon l’abbé Poiré, a provoqué son renvoi. Cependant, cela n’a pas terni sa relation avec les pères du Séminaire. En effet, dans le cadre des activités entourant le 100e anniversaire du Séminaire en 1975, il a été invité à présenter quelques-unes de ses œuvres.

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La carrière artistique de Frédéric   

Frédéric a commencé sa carrière à la télévision sherbrookoise en 1963. Il a co-animé avec Andrée Aubé une émission hebdomadaire, intitulée « Album de chansons », diffusée sur CHLT- TV, jusqu’en 1967. Cette émission musicale amenait l’artiste à produire un dessin par émission, de même qu’à chanter, à certaines occasions. Après quelques années consacrées uniquement aux arts visuels, que nous allons aborder sous peu, Frédéric a aussi animé sa propre émission de radio, intitulée « Le repos du peintre ». De 1976 à 1980, le peintre a fait découvrir la musique classique au grand public et plus particulièrement aux jeunes. Tout au long de sa vie, la musique classique a occupé une place prédominante. Lorsqu’il était en période de création, les pauses qu’il s’accordait étaient généralement passées au piano en interprétant des morceaux classiques. Peut-être est-ce la source d’inspiration du titre de son émission? Bref, afin de bien expliquer les pièces de musique classique présentées, Frédéric passait énormément de temps à les annoter. D’ailleurs, ses vinyles annotés sont conservés au Centre d’archives Mgr Antoine- Racine.

Portrait de Frédéric, [1963], P222

Frédéric a consacré la plus grande partie de sa carrière à la réalisation de pièces d’art visuel. Ce dernier créait de tout : des portraits, des paysages, des œuvres imaginaires ou symboliques. De manière générale, les portraits étaient les seules œuvres que Frédéric peignait sous commande, particulièrement lors de périodes plus difficiles. Cependant, il refusait de peindre les enfants. Il trouvait que ceux-ci n’avaient pas assez de vécu, qu’ils y avaient quelque chose dans leurs yeux qu’il n’était pas en mesure de reproduire. Mais, cela ne veut pas dire que Frédéric n’aimait pas les jeunes, bien au contraire. Outre ses émissions de télévision et de radio où les jeunes étaient le public cible, Frédéric est l’initiateur de projets collectifs impliquant les jeunes, notamment la conversion d’une école secondaire en centre communautaire pour sa ville natale, toujours utilisé de nos jours. En plus de ces implications sociales, Frédéric était un homme extrêmement généreux. Il a d’ailleurs donné quelques tableaux à des œuvres de charité afin que celles-ci puissent les vendre pour augmenter leurs revenus. À la fin de sa vie, Frédéric a accepté une commande de dix-sept tableaux pour la Basilique de Saint-Anne-de-Beaupré. Malheureusement, l’artiste n’a eu le temps de réaliser que cinq tableaux avant son décès en 1993. Ces dernières restent les réalisations les plus connues et accessibles de l’artiste.

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Qui était Frédéric au-delà de l’art?

Mais qui était donc Frédéric?  Ce nom, c’était bien plus qu’un simple nom d’artiste. Bien que tous le connaissaient sous son nom usuel de Louis-Gilles, son véritable nom de naissance était Frédéric Louis-Gilles Doyon. N’ayant jamais apprécié le prénom Louis-Gilles, dès qu’il a eu la chance, il a officialisé celui de Frédéric. Pourquoi avoir conservé ce prénom ? Il s’agit de celui du compositeur et pianiste Frédéric Chopin. Il pourrait alors s’agir d’un hommage à ce musicien grandement admiré par le peintre.

Portrait de Frédéric, 1974, P222

Frédéric a toujours été une personne extravagante, flamboyante, respectueuse et présente pour les gens. Il adorait porter des habits qui reflétaient ses envies. Si un jour, il voulait s’habiller à la mode de Louis XIV et un autre jour d’une mode plus futuriste, il le faisait. Les habits du peintre ne sont pas une représentation d’un personnage quelconque; c’était Frédéric, dans tout son naturel et son originalité. Celui-ci affectionnait particulièrement la couleur mauve. Pour lui, c’était la couleur parfaite, celle du contraste et de la solitude, bref, celle qui définissait le mieux Frédéric. Ce dernier lorsqu’il était en période de création, ne sortait plus dans la rue, ne répondait plus au téléphone, mais dès que son œuvre était achevée, le flamboyant Frédéric était de retour.

En somme, le peintre Frédéric était une personne qui a marqué tous ceux qu’ils l’ont côtoyé, tant par son extravagance, sa générosité que son ouverture d’esprit.  Cet artiste a laissé son empreinte dans le milieu sherbrookois. Perfectionniste, ce dernier a laissé à la postérité des œuvres magnifiques avec des significations profondes et encore d’actualité. Au-delà de ses tableaux, le peintre Frédéric a laissé un exemple de générosité et d’implication remarquable auprès d’autrui.

Joanie Lavoie,

Étudiante au baccalauréat en histoire, Université de Sherbrooke

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Sources :

ASSELIN, Jean-Philippe. « Sur les traces Frédéric ». Ensemble Revue d’information de l’archidiocèse de Sherbrooke, vol. 50, n° 5, automne 2020, p. 14-15. 

CENTRE D’ARCHIVES MGR- ANTOINE-RACINE. Fonds Frédéric.

LAVOIE, Joanie. Entrevue avec Madame Denise Dolbec, 11 février 2021, [enregistrement audio].

LAVOIE, Joanie, Entrevue avec l’abbé Jean-Marie Poiré, 18 février 2021, [enregistrement audio].

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Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement Madame Denise Dolbec et l’abbé Jean-Marie Poiré pour leur immense collaboration pour ce projet. Grâce à leur générosité et à leurs riches témoignages sur leur ami Frédéric, ces derniers ont grandement contribué à perpétuer sa mémoire, en plus de permettre d’en apprendre davantage sur cet artiste flamboyant.  Je tiens à remercier également madame Cassandra Fortin pour ces judicieux conseils ainsi que son aide tout au long de ce projet.