Nos prêtres dans le paysage sherbrookois : Mgr Hubert-Olivier Chalifoux

La ville de Sherbrooke compte près de 2 400 toponymies différentes pour désigner ses rues, ses ponts et ses parcs. Parmi ces multiples toponymes, certains d’entre eux rendent hommage à quelques religieux qui ont marqué l’histoire de Sherbrooke et de ses environs.  À travers une série de six articles, de brefs portraits de quelques figures religieuses notoires derrière certains toponymes de la ville de Sherbrooke seront mis en lumière. Le troisième article est consacré à un des prêtres marquants du diocèse de Sherbrooke : Mgr Hubert-Olivier Chalifoux. 

Les premières années à Sherbrooke

Hubert-Olivier Chalifoux voit le jour le 2 juin 1850 à Saint-Hyacinthe.  Après ses études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe et sa formation théologique au Grand Séminaire de Montréal, c’est le 10 janvier 1875, à la cathédrale de Saint-Hyacinthe, qu’il est ordonné prêtre. Cependant, son sacerdoce s’exercera dans le diocèse de Sherbrooke, fondé quelques mois plus tôt. Dès son ordination, il a été nommé vicaire à cathédrale de Sherbrooke, fonction qu’il occupe jusqu’en 1882. Il occupe également le poste de secrétaire de Mgr Antoine Racine de 1878 à 1884, en plus d’avoir la charge de la chancellerie du diocèse. Hubert-Olivier Chalifoux œuvra presque exclusivement dans l’administration du diocèse de Sherbrooke de son ordination jusqu’à son décès en 1922. 

Son passage à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke

Avec l’augmentation de la population sherbrookoise, l’abbé Chalifoux est nommé comme desservant de la mission Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke (1884 -1890). Lorsque celle-ci sera érigée canoniquement en paroisse par Mgr Antoine Racine en 1890, l’abbé Chalifoux sera nommé premier curé de celle-ci, laquelle est la troisième paroisse de la ville et la seconde francophone. Il ne restera cependant qu’une seule année comme curé de paroisse, puisque Mgr Racine le rappelle à l’évêché de Sherbrooke en 1891.

Le vicaire général

Portrait de l’abbé Hubert-Olivier Chalifoux, vicaire général, [entre 1891 et 1898], SPA316.001

Dès son retour à l’évêché, ce dernier accepte les fonctions de vicaire général. Il occupera ce poste durant plus de 31 ans, de 1891 à 1922, soit la plus longue affectation à cette position dans l’histoire du diocèse. En plus de cette charge, il est également nommé curé d’office (1891-1896), conseiller diocésain (1891) et procureur diocésain (1892-1918).

« Faut-il insister sur le tact, l’habileté, la perfection enfin qu’il apporta dans l’exercice de ces délicates fonctions qui ont exigé de sa part, tant de travail et tant d’abnégation; tous, nous l’avons vu à la tâche, nous savons à quelle hauteur il s’y est maintenu. »

Extrait du discours de l’abbé J.-A. Lefebvre en hommage à Mgr Chalifoux en 1922. Tiré de l’annuaire du Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke, année académique 1920-1925. vol. 9, n°2, p. 266-267.    

La nomination de Mgr Paul LaRocque en 1893, suite au décès de Mgr Racine, ne change aucunement la position de l’abbé Chalifoux. En effet, le second évêque de Sherbrooke reconfirme ce dernier à son poste de vicaire général.  

Nomination à titre d’évêque auxiliaire

Portrait de Mgr Paul LaRocque et l’abbé Hubert-Olivier Chalifoux, [entre 1894 et 1914], APC106.001

Le 29 décembre 1914, l’abbé Chalifoux est nommé évêque auxiliaire de Sherbrooke. À ce titre, Mgr Chalifoux n’a pas de juridiction sur le diocèse, mais il assiste l’évêque dans son administration. Il est important de mentionner que cette fonction de soutien ne garantit pas que l’évêque auxiliaire prendra la charge épiscopale au décès de l’évêque. Pendant cinq ans, Mgr Chalifoux occupe ce nouveau poste avec autant de dévouement et de détermination que ces précédentes fonctions. C’est également cet homme qui est à l’origine de la construction de la chapelle Pauline de l’évêché de Sherbrooke (1915-1919). Selon le prêtre J.-A. Lefebvre, cette chapelle est le legs ultime de Mgr Chalifoux, car celle-ci témoigne d’un dévouement ainsi que de l’amour pour son diocèse et de ses fidèles. En 1919, Mgr Chalifoux a été contraint, par la maladie, de prendre un moment de répit. Il décède le 17 mars 1922 à Sherbrooke.

L’homme derrière les titres

Lorsque Mgr Chalifoux est arrivé dans la région des Cantons-de-l’Est, cela ne faisait moins d’une année que le diocèse de Sherbrooke était mis sur pied. Les témoignages de l’équipe rapportent que cet homme d’Église s’impliquait dans les tâches confiées avec un enthousiasme constant et d’un intérêt réel. De plus, Mgr Chalifoux était un être pourvu d’un talent et d’un dévouement sans borne, tant pour les autres que pour ses responsabilités. Ce dernier était particulièrement attentif aux demandes des deux évêques avec qui il a travaillé au cours de sa vie. Il était accessible à tous en plus d’être très estimé.

Portrait de Mgr Hubert-Olivier Chalifoux, [entre 1914 et 1922], APD5.001

« C’est là que, pendant vingt-huit ans, il s’est fait le serviteur de tous, mettant cordialement au service de ce qui les réclamait, les lumières de son intelligence et la sagesse de quarante années d’expérience […] Parmi le clergé d’alors, l’abbé Chalifoux jouissait également d’une popularité reconnue. Son abord plein d’affabilité, sa politesse exquise, tout cet ensemble de qualités éminemment sociales qui le distinguaient en faisaient un confrère apprécié; on l’aimait et on recherchait son amitié. »

Extrait du discours du prêtre J.-A. Lefebvre en hommage à Mgr Chalifoux en 1922. Tiré de l’annuaire du Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke, année académique 1920-1925. vol. 9, n°2, p. 267

Mgr Chalifoux était un homme qui était toujours en action, qui faisait preuve de tact et qui visait continuellement la perfection. Modeste dans ses goûts, il était quelqu’un qui refusait catégoriquement les honneurs ou les cadeaux liés à l’amitié ou la reconnaissance qu’autrui portait à son égard. Ce dernier avait une façon de s’exprimer particulière lors de cérémonies de reconnaissance.

« … quand des circonstances particulières lui imposaient l’obligation d’accepter quelque chose, la peine qu’il en témoignait faisait oublier le plaisir qu’on s’était fait pour lui offrir. Il travaillait pour Dieu, pour le bien du diocèse, pour les âmes, et n’attendait de rémunération que dans l’éternité. »

Extrait du discours du prêtre J.-A. Lefebvre en hommage à Mgr Chalifoux en 1922. Tiré de l’annuaire du Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke, année académique 1920-1925. vol. 9, n°2, p. 270.

Mgr Hubert- Olivier Chalifoux dans la toponymie

Afin de perpétuer la mémoire de cet homme religieux qui a considérablement contribué à la fondation du diocèse de Sherbrooke, la rue Chalifoux, située dans le secteur de Fleurimont, est nommée en son honneur. C’est le 25 mars 1997 que cette appellation a été officialisée. Travailleur acharné qui se donnait corps et âme pour autrui, l’impact de Mgr Chalifoux sur l’ensemble du diocèse est difficilement quantifiable. Il n’en demeure pas moins qu’il a indéniablement participé au développement de Sherbrooke de la fin du 19e au début du 20e siècle.

Joanie Lavoie, Bénévole au Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine


Références :

Archevêché de Sherbrooke.  Obituaire du clergé 1874-1993. Sherbrooke, Archevêché de Sherbrooke, 1994, p. 32.

BARIL, Gilles, dir. Une Église entre lacs et montagnes: Archidiocèse de Sherbrooke, 1874-2010. Sherbrooke, Québec, Corporation épiscopale catholique romaine de Sherbrooke, 2010, 429 pages.

DUBOST, Michel. Théo: nouvelle encyclopédie catholique. Paris, Droguet-Ardan Fayard, 1989, p. 1002,1006.

Gouvernement du Québec. Commission de toponymie, rue Chalifoux,[site Web], 2012. Consulté le 22 septembre 2021. < https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=173874 >.

Séminaire Saint-Charles-Borromée. Annuaire du Séminaire Saint-Charles-Borromée, Sherbrooke, année académique 1920-1925. vol.9, n°2, p. 265-275.