Dons, cadeaux, et tutti quanti pour le Séminaire de Sherbrooke

Par Serge Patry, bénévole au Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine

« Nous recevrons avec reconnaissance les livres d’histoire, de littérature et les livres classiques que Messieurs les Curés seraient disposés à faire cadeau à la Bibliothèque du Séminaire », un nota bene signé par Mgr Racine apparaissant dans l’annuaire 1876-77 du Séminaire Saint-Charles-Borromée.

Dès son entrée en fonction comme premier évêque du nouveau diocèse de Sherbrooke à l’automne 1874, Mgr Antoine Racine se retrouve avec un nombre restreint de prêtres pour couvrir les besoins du territoire sous sa responsabilité. Pour lui, il faut assurer l’avenir de la religion catholique dans la région et cela passe par la fondation d’un séminaire. Pour ce faire, dans sa lettre pastorale du 2 janvier 1875, Mgr Racine fait appel à la générosité de tout le diocèse en demandant « cinq centins, par âme, chaque année » pour entreprendre la construction du Séminaire Saint-Charles-Borromée. Son appel est entendu, et le 29 aout 1875, Mgr Antoine Racine bénit le nouvel édifice situé près de la cathédrale, qui accueillera ses premiers étudiants quelques semaines plus tard. Au fil du temps, le Séminaire compte sur le dévouement de son personnel, la générosité de ses anciens élèves et la sympathie des nombreux amis de l’institution pour faire les améliorations nécessaires afin d’assurer son développement. Les cadeaux ou les contributions se font de différentes façons. Par exemple, dans les premiers mois, le Séminaire reçoit de Messire Picard de la communauté de Saint-Sulpice de Montréal, un « beau Chemin de Croix » pour la chapelle. Plus tard, à l’automne 1900, les élèves peuvent profiter d’un nouveau gymnase, gracieuseté du docteur J. F. Rioux de Sherbrooke qui a assumé les coûts de sa construction[1].

En 1926-27, le Séminaire décide de créer des catégories de donateurs, dans le but d’assurer la pérennité des dons afin de combler ses besoins toujours grandissants. Le souscripteur, selon la valeur de son don, obtient le titre de « Bienfaiteur[2] » ou « Bienfaiteur insigne[3] », ce dernier donnant certains avantages, entre autres, un service solennel chanté à son décès dans la chapelle du Séminaire, ainsi qu’à partir de 1932-33, le privilège d’être enterré dans la crypte.

En appui à son œuvre de formation religieuse, morale et intellectuelle des étudiants, le Séminaire doit se doter d’une bibliothèque digne de ce nom. Le nota bene de Mgr Racine apparaissant dans l’annuaire 1876-77 encourage « Messieurs les Curés » à donner, et dès sa première année d’existence, des centaines de volumes viennent enrichir la collection de la bibliothèque, dont un nombre important provenant du gouvernement du Québec par l’entremise du ministre de l’Instruction publique, M. Gédéon Ouimet. Mgr Racine fait également preuve de générosité en donnant plus de 300 titres, et il continuera dans les années suivantes à garnir les rayons de la bibliothèque, et ce jusqu’à son décès.

En plus des livres, le Séminaire reçoit des articles de toutes sortes qui viennent, au fil des ans, meubler la bibliothèque et les corridors de l’institution. Avec cette diversité de dons, les autorités voient l’opportunité de créer un musée en plaçant au cœur de l’enseignement les différentes collections : numismatique[4], minéralogie, zoologie et autres. En jetant un regard inquisiteur dans la liste de tous ces articles dans les différents annuaires, on s’aperçoit que le Séminaire reçoit majoritairement des objets pertinents et appropriés pour la mission de son musée, mais d’autres que l’on pourrait qualifier d’étonnants et même d’incongrus.

Objets ayant marqué l’histoire:

  • Un des deux vitraux du manoir de Jacques Cartier à Limoilou en France, donné par M. Jérôme-Adolphe Chicoyne en 1883-84, et qui a participé à la colonisation des Cantons de l’Est;
  • La Précieuse relique du drapeau de Carillon , donnée par l’abbé François-Napoléon Séguin, curé de la paroisse Saint-Edmond de Coaticook en 1903;
  • Porte-plume et plume ayant appartenu à Sir Wilfrid Laurier qui s’en servit lorsqu’il était président du Conseil et premier ministre du Canada, donnés par M. Louis Saint-Laurent en 1957;
  • Plume avec laquelle M. Louis Saint-Laurent, premier ministre du Canada, signa le 11 décembre 1948 le document faisant de Terre-Neuve la 10e province canadienne, donnée par M. Louis Saint-Laurent en 1957.

Objets étonnants:

  • Morceau de lave du Vésuve avec un 5 centimes italien incrusté, donné par Edm. Panneton en 1879-80;
  • Renard vivant, donné par de l’abbé J. D. Michon de Saint-Charles, rivière Richelieu en 1883-84;
  • Fragment assez considérable, détaché du vieux pin solitaire (Mena’Sen), donné par M. E. A. Bernard de Sherbrooke en 1913-14.

Objets incongrus:

  • Deux morceaux de chêne rongés par les vers, donnés par J. Miller de Sherbrooke en 1894-95;
  • Squelette de moineau dépouillé par les mites, donné par M. O.-H. Blais de Sherbrooke-Est en 1915-16;
  • Branche rongée et écorchée par les castors, donnée par M. J. T. Morkill de Sherbrooke en 1934-35;

[1] Michel Nault, Le Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke : 1875-1968, Séminaire de Sherbrooke, 2015, p. 240-241.

[2] Le titre de « Bienfaiteur » pour celui donnant une somme d’argent ou tout autre don.

[3] Le titre de « Bienfaiteur insigne » pour celui donnant minimalement une somme de cinq mille piastres ou tout autre don de valeur équivalente.

[4] Dans les années 1960, la collection numismatique comptait 4 500 médailles et près de 21 000 pièces de monnaie. Michel Nault, Le Séminaire Saint-Charles-Borromée de Sherbrooke : 1875-1968, Séminaire de Sherbrooke, 2015, p. 314-317.

Références

Annuaires du Séminaire Saint-Charles-Borromée. Sherbrooke, de 1875 à 1950, Vol. 1 au Vol. 14.